mardi 5 octobre 2010

Brigitte Lenoir, victime du destin et de sa passion


APRÈS LE DRAME | Vendredi, la femme-grenouille de Monthey a succombé à une forte injection d’oxygène alors qu’elle visait le record mondial de plongée profonde, en mer Rouge. Médecin et plongeur, le Veveysan Francis Héritier livre son analyse.


© CHANTAL DERVEY | Brigitte Lenoir, 41 ans, utilisait un matériel très sophistiqué, pesant une centaine de kilos. Un incident technique lui a été fatal la semaine dernière, en Egypte, alors qu’elle évoluait à 147 m de profondeur.



Patrick Monay | 18.05.2010 | 00:04

«Plonger à de telles profondeurs, c’est un peu comme tenter l’ascension de l’Himalaya. C’est un sport extrême. Ses adeptes prennent des risques énormes.» Médecin à Vevey, Francis Héritier est un plongeur confirmé. Ce spécialiste des maladies des poumons a appris avec tristesse la mort accidentelle de Brigitte Lenoir, survenue vendredi dernier. La Montheysanne de 41 ans préparait une tentative de record du monde féminin de plongée profonde à Dahab, en Egypte.

Que s’est-il passé? L’entourage de la plongeuse valaisanne invoque un défaut dans son recycleur. «Il s’agit d’un appareil très sophistiqué, qui permet à son utilisateur de respirer de l’air en circuit fermé, explique le Dr Héritier. L’air expiré est purifié de son gaz carbonique et enrichi en oxygène, avant d’être à nouveau inspiré.» Cette technique, autrefois l’apanage des plongeurs militaires, séduit de plus en plus de civils. Les plus entraînés l’utilisent pour viser des profondeurs inaccessibles au commun des mortels.

Brigitte Lenoir, lors de ses plongées extrêmes, ne respirait pas l’air que tout le monde connaît. Ni même celui, comprimé, qu’emportent avec eux les plongeurs «conventionnels». «A partir de 40 ou 50 m de profondeur, l’azote contenu dans l’air devient narcotique, ce qui provoque divers troubles, relève le médecin veveysan. Et l’oxygène devient aussi toxique.» D’où l’ajout d’un gaz non narcotique (l’hélium) et la diminution de l’apport en oxygène.

Accidents rares
Le tout est savamment dosé, de manière électronique, en fonction des variations de profondeur. «Dans ce genre d’exploit, tout doit être est préparé et minuté avec une grande précision, car le moindre ennui technique peut s’avérer extrêmement grave», souligne Francis Héritier. Dans sa longue quête du record mondial (-225 m), Brigitte Lenoir n’avait négligé aucun détail. En avril dernier, elle avait plongé à 154 m sous la surface du Léman, au large du Bouveret. Les pièces défectueuses décelées à cette occasion avaient toutes été remplacées.

En mer Rouge, elle disposait d’une équipe rompue aux plongées les plus exigeantes. Mais en ce vendredi funeste, cela n’a pas suffi. Brigitte Lenoir effectuait sa lente remontée, palier par palier, le long du câble de décompression, après avoir atteint 200 m de profondeur. «Elle était calme, tout se passait au mieux», raconte Jean-Luc Morier, son entraîneur et ami, resté en Suisse, mais qui a pu parler avec les membres de l’expédition. Soudain, à 147 m, la vanne qui injectait l’oxygène dans la boucle du recycleur est restée bloquée en position ouverte. Résultat: une arrivée massive d’oxygène, qui a provoqué une crise hyperoxique. «C’est une sorte de crise d’épilepsie», indique le pneumologue vaudois. Citant une étude médicale française, il évoque «une perte de connaissance instantanée et des mouvements convulsifs systématiques».

Les accidents imputés aux recycleurs sont rares, selon cette même étude: seulement un cas pour 6000 plongées dans la Marine française, entre 1979 et 1997. Mais tel semble avoir été le sort de Brigitte Lenoir. Les plongeurs qui l’accompagnaient – tous chevronnés – n’ont rien pu faire pour la sauver. Le Français Pascal Bernabé, recordman du monde, se trouvait à 1 m au-dessus d’elle au moment du drame. «Il m’a dit qu’il avait mis deux secondes pour arriver vers elle, confie Jean-Luc Morier. Hélas, il était déjà trop tard.»

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